Les niveaux de conscience chez Paulo Freire [II]

Références : « Les niveaux de conscience chez Paulo Freire [II] », IRESMO 28 janvier 2019.
Note : il s’agit d’extraits de l’ouvrage Educación y cambio (Buenos Aires, Búsqueda-Celadec, 1976) qui est une compilation d’articles en espagnol. Pour la version portugaise : Educação e mudança, Rio de Janeiro, Paz e Terra, 1981.

Les niveaux de conscience chez Paulo Freire [II]

La conscience et ses états

La conscience se reflète et s’oriente vers le monde qu’elle connaît : c’est le processus d’adaptation. La conscience est temporelle. L’homme est conscient et, dans la mesure où il connaît, il tend à s’engager dans la réalité.

Le premier état de la conscience est la conscience intransitive (on a choisi ce terme en relation avec la notion grammaticale de verbe intransitif : à savoir celui qui ne laisse pas passer son action vers un autre). Il existe dans cet état une espèce de quasi-engagement avec la réalité. La conscience intransitive, cependant, n’est pas la conscience fermée. Elle résulte d’un rétrécissement du pouvoir de captation de la conscience. C’est une sécurité de ne pas voir ou entendre les défis qui sont au-delà de l’orbite végétative de l’homme. Plus on se distancie de la captation de la réalité, plus on s’approche de la captation magique ou superstitieuse de la réalité.

L’intransitivité produit une conscience magique. Les causes que l’on attribue aux défis échappent à la critique et deviennent des superstitions.

Si une communauté subit un changement, par exemple économique, la conscience est promue et se transforme en transitivité. Dans un premier moment, cette conscience est naïve. Une grande partie de celle-ci est magique. Ce passage est automatique, mais celui vers la conscience critique ne l’est pas. Il ne s’effectue qu’avec un processus éducatif de conscientisation. Ce passage exige un travail de promotion et de critique. Si on n’effectue pas ce processus éducatif, on intensifie seulement le développement industriel ou technologique et la conscience sera niée et se transformera en une conscience fanatique. Ce fanatisme est propre à l’homme des masses.

Dans la conscience naïve, il y a une recherche d’engagement, dans la critique, il y a un engagement, et dans le fanatisme, il y a une remise de soi irrationnelle.

La conscience intransitive répond à un défi avec des actions magiques parce que la compréhension est magique. Généralement en nous tous, il existe quelque chose comme une conscience magique, l’important est de la dépasser…

Caractéristiques de la conscience naïve

1. Elle révèle une certaine simplicité, elle tend à la simplification, dans l’interprétation des problèmes, en effet, elle aborde un défi de manière simpliste ou avec simplicité. Elle n’approfondie pas la causalité du fait lui-même. Ses conclusions sont rapides et superficielles.

2. Il y a également une tendance à considérer que le passé a été meilleur. Par exemple : les parents qui se plaignent de la conduite des enfants, en la comparant à ce qu’ils faisaient lorsqu’ils étaient jeunes.

3. Elle tend à accepter les formes grégaires ou massificatrices des comportements. Cette tendance peut conduire à une conscience fanatique.

4. Elle sous estime les hommes simples.

5. Elle imperméable à la recherche. Elle se satisfait de ses propres expériences. Toute conception scientifique est pour elle un jeu de langage. Ses explications sont magiques.

6. Elle est fragile dans la discussion des problèmes. Le naïf part du principe qu’il sait tout. Il prétend gagner la discussion avec des arguments fragiles. Il est polémique, il ne prétend pas clarifier. Sa discussion est faîte davantage d’émotion que de critique : elle ne recherche pas la vérité ; il s’agit de l’imposer et de trouver des moyens historiques pour convaincre de ses idées. Il est curieux de voir comment les auditeurs se laissent mener, par le geste et la parole. Il s’agit de se disputer davantage, pour gagner davantage.

7. Elle a un fort contenu passionnel. Elle peut sombrer dans le fanatisme et le sectarisme.

8. Elle présente une forte tendance à la compréhension magique.

9. Elle dit que la réalité est statique et non modifiable.

Caractéristique de la conscience critique

1. Elle a un désir de profondeur dans l’analyse des problèmes. Elle ne se satisfait pas des apparences. Elle peut se reconnaître dépourvue de moyens pour l’analyse de problèmes.

2. Elle reconnaît que la réalité est changeable

3. Elle remplace les situations ou les explications magiques par des principes authentiques de causalité

4. Elle tente de vérifier ou de tester les découvertes. Elle est toujours disposée à effectuer des révisions.

5. Au moment d’examiner un fait, elle fait son possible pour se délivrer des préconceptions. Non seulement dans la captation du fait, mais également dans l’analyse et la solution.

6. Elle repousse des positions quiétistes. Elle est intensément inquiète. Plus elle devient critique, plus elle reconnaît dans sa quiétude l’inquiétude, et vice-versa. Elle sait qu’elle est dans la mesure et n’est pas dans le paraître. L’essentiel pour paraître quelque chose, c’est d’être quelque chose. C’est la base de l’authenticité.

7. Elle repousse tout transfère de responsabilité et d’autorité et accepte la délégation de celles-ci.

8. Elle recherche, elle investigue, elle force, elle choque.

9. Elle aime le dialogue, elle se nourrit de lui.

10. Face à la nouveauté, elle ne repousse pas l’ancien pour être ancien, elle n’accepte pas le nouveau pour le nouveau, mais elle les accepte dans la mesure où ils sont valides. »

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