Éduquer pour libérer les dominés

Références : « Éduquer pour libérer les dominés », IRESMO 2018.
Note : Extrait d’un entretien accordé par Paulo Freire à un journal argentin en 1984.
Archive : fonds du Centre numérique de documentation francophone Paulo Freire 

Texte de l’article :

Paulo Freire : « Eduquer pour libérer les dominés » (extrait)

Extrait d’un entretien accordé par Paulo Freire en 1984 pour un journal argentin

Dans cet extrait Paulo Freire revient sur le caractère dialectique de son approche – l’éducation est elle magistro-centré ou puero-centré ? – et sur ce qui le sépare de l’éducation nouvelle.

– Qui est ce sujet ? C’est l’éducateur ? Ou c’est l’apprenant ?

P.F : La radicalité de ma proposition affirme que le sujet de l’éducation et de la connaissance n’est ni l’un ni l’autre, mais la relation éducateur-apprenant. Dans le champ des relations politiques, le sujet des transformations réelles, dans une société quelconque, ce ne sont pas les leaders, mais la relation des masses populaires et des leaders. Que ce soit sur le terrain éducatif ou dans le champ politique, la relation du sujet avec sa réalité se trouve toujours médiatisée par la réalité qui doit être transformée. Si la réalité est éducative, ce seront les sujets de l’éducation qui transformeront le manque de certaines connaissances en concepts utilisables. Si la réalité est politique, ce seront les sujets de l’Histoire qui promouvront les changements. Cela est, dit de manière synthétique, l’esprit de la proposition et la raison pour laquelle j’ai été contraint de vivre 16 ans d’exil.

Auparavant, j’ai mentionné une différence au moins avec l’éducation formelle ou traditionnelle. Cela porte sur le rôle d’acteur des apprenants que ce soit un individu, un groupe, une classe sociale ou les masses populaires. On trouve aussi bien dans la situation scolaire ou au milieu d’un processus de transformations politiques, la revendication radicale du rôle d’acteur du sujet comme critiquement conscient. On rencontre cela dans un processus de connaissance ou de transformation, mais également dans la recherche de plus grande connaissance. Une autre grande différence, je pense, se trouve dans le fait que ma proposition revendique la non séparation du pôle de la conscience du pôle de l’objectivité. En d’autres mots, le fait de ne pas séparer la subjectivité de l’objectivité et de comprendre la pratique transformatrice dans la relation dynamique et contradictoire de ces deux pôles. Les pratiques traditionnelles tombent dans l’utilisation presque exclusive de la subjectivité et disent que l’éducation doit être un effort de formation du moi séparé du non-moi qui est le monde. Je considère cette position comme fausse, parfois naïvement fausse, d’autres fois comme intentionnellement fausse. Il y aussi un autre aspect que je voulais souligner, en effet, comme je propose une relation profondément démocratique entre l’éducateur et les apprenants, on pourrait arriver à la conclusion erronée que ma proposition est proche de celle de l’éducation nouvelle. Le mouvement de l’éducation nouvelle apparaît comme une option alternative à la pédagogie traditionnelle, et en dépit du fait de reconnaître que ce mouvement a amené des contributions indiscutables et nécessaires au processus de transformation, ma proposition ne peut pas être située dans cet espace. Parfois, on m’incorpore dans ce mouvement et je ne m’en sens pas insulté ou attaqué, mais je ne me situe pas là. Quand j’affirme la relation démocratique éducateur et apprenant comme sujet même de ma pratique, ma posture est éminemment politique et non pas strictement pédagogique comme dans l’Education nouvelle.

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